Cercle Généalogique du Bassin d'Arcachon et du Pays de Buch

 

 

La Société Française d'Ancien Régime

Le problème qui se pose, c'est comment décrire la société française. Depuis 50 ans, il y a un conflit chez les historiens, opposant les tenants d'une présentation selon les ordres et les tenants d'une présentation en classe. Ces deux façons, ont leurs mérites, la notion de société d'ordre a l'intérêt de mettre en évidence les représentations que la société se fait d'elle-même, la notion de société de classe a le mérite de mettre en évidence que l'organisation d'une société ne se fonde pas que sur une représentation, elle fait apparaître qu'il y a une hétérogénéité des revenus.

Charles Loyseau, Le traité des ordres et simples dignités, (1610)

I) La Noblesse

C'est le deuxième ordre, (le Clergé étant le premier), du royaume, elle exerce une véritable prééminence, elle est le premier ordre dans la réalité des choses. Elle représente selon les époques de 1 à 2 % de la population, soit de 200 000 à 400 000 individus. La Noblesse possède un quart des terres du royaume, elle possède, les revenus, charges et offices les plus importants, elle possède également des priviléges fiscaux, politiques, etc... .

1°- Etre noble et comment le devenir

La qualité de noble ne se limite pas aux propos que les juristes tiennent, il y a une noblesse incontestable : la noblesse de race, de sang, dont le noble théoricien Boulainvilliers (1658-1722) a démontré que les nobles de sang seraient les descendants des conquérants francs qui auraient asservis les gaulois. Seule une petite minorité peut faire remonter sa noblesse jusqu'au 9e siècle, car depuis cette époque, beaucoup de lignages nobles se sont éteints, faute d'héritier mâle ou pour des raisons économiques, des raisons de guerre. La Noblesse a été amené à se renouveler pour se perpétuer.

L'anoblissement se fait soit :

- par l'exercice de charges dites anoblissantes

- par l'octroi de lettres d'anoblissement, délivré par le roi à des bons serviteurs, en particuliers au militaires, elles peuvent être vendues

- par l'usurpation, c'est un processus lent, le bourgeois aisé achète une terre, il accole le nom de cette terre à son patronyme, il a un mode de vie comparable à celui de la noblesse.

Une fois acquise, la noblesse est héréditaire par filiation masculine (la femme est totalement indifférente).

2°- Les nobles possèdent des privilèges judiciaires, fiscaux et les privilèges du titre. La particule n'est pas un signe de noblesse en particulier dans notre région. Le noble n'est pas pendu mais décollé (décapité). Le noble a des devoirs : il doit vivre noblement, pas dans la dérogeance, dans certains cas il y a des arrangements; il doit le service du roi (il doit donner son sang); il doit servir son lignage, servir sa famille.

3°- Les valeurs de la Noblesse sont le courage, le sens de l'honneur (le duel est interdit à partir de Louis XIII). La violence nobiliaire a trouvé des exutoires dans les tournois (disparu après 1559, quand Henri II meurt des suites d'une joute contre Montmorency). les valeurs sont également, le sens des relations humaines, les sens de la sociabilité, les sens des réseaux de clientèle.

4°- La Noblesse est un monde hétérogène, il y a différentes catégories de noblesse :

- la petite noblesse rurale

C'est l'essentielle de la noblesse, elle possède une ou plusieurs seigneuries, ils exploitent directement ou fond exploiter par un fermier, la réserve. Elle dispose globalement de revenus confortables. Contrairement à ce que l'on croyait encore récemment concernant un appauvrissement de cette noblesse au cours de l'Ancien Régime, des travaux récents ont montré que les revenus de cette noblesse sont allés en augmentant au cours du 18e siècle. Elle a activement participé au mouvement agronomique, néanmoins cela n'empêche pas que certaines familles, à la veille de la Révolution vivent dans l'indigence.

- la noblesse de robe

Elle occupe une position primordiable, c'est une noblesse d'office qui exerce d'importantes responsabilité administratives et judiciaires. C'est aussi une noblesse foncière. Il y a plusieurs degré, au sommet les parlementaires, (véritable groupe social qui tend à se fermer), ce sont les Colbert, les Séguiers, les d'Argenson, il sont issus en règle générale de juristes, ils sont eux-même juristes. Ils font carrière autour du roi, et ils jouissent des faveurs royales. Ce sont de familles qui ont été fidèles à la monarchie dans les périodes de crises. C'est une noblesse lettrée : exemple : Montesquieu (1689-1755). Ce sont des gens qui savent gérer leur fortune, en investissant dan s le grand commerce, dans les entreprises "industrielles" et en pratiquant même le prêt à intérêts, voir pour certain l'usure.

- les Grands, au sommet de la noblesse

C'est la noblesse anciennes (ex : les Rohan), Ce sont d'abord les princes du sang, parent du roi (ex : le prince de Condé), ensuite ce sont les ducs et pairs, les comtes.

C'est un milieu où l'on se marie entre-soi, c'est une caste. Ils ont des pouvoirs et des prétentions politiques : stratégie de placement des enfants : aîné hérite du titre et des fonctions, les cadets deviennent ecclésiastiques. C'est un véritable groupe de pression, pouvant faire vaciller le roi, il faudra attendre Louis XIV pour mettre tout le monde au pas. Le rôle des femmes est important. Ils ont des fortunes impressionnantes, Condé a une revenu annuel de 1,7 millions £. Ils vivent dans le luxe et l'abondance. Mais ils font d'énormes dépenses, surtout à partir de Louis XIV, ils savent également faire fructifier leur fortune, ils investissent dans "l'industrie" (Philippe Egalité fait ouvrir une manufacture par un prête-nom. Leurs fortunes sont fragiles car ils gaspillent et à partir de Louis XIV, ils comptent sur le roi pour obtenir des pensions, charges, etc... . La liberté de mœurs des grands est croissante, sauf à la fin du règne de Louis XIV. La cour a pris aux yeux du peuple, un visage déprécié, considéré comme un lieu de vilennies.

II) Le Clergé

Premier ordre du royaume dans la hiérarchie, reflétant la place du catholicisme dans le royaume. Il y a d'abord la haut clergé puis le bas clergé. Le clergé a des richesses considérables, il détient 6 à 10 % du sol, il a également de très nombreux privilèges, il prélève la dîme, le clergé est un état dans l'état, c'est une véritable puissance au sein du royaume.

Un clerc est celui qui est au service du sacré, on distingue le clergé séculier : celui qui vit au milieu des laïcs, du clergé régulier : agrégé à une communauté, à un ordre et qui suit une règle. Entrer dans le clergé séculier est réservé aux hommes, démarche progressive pour accéder à la prêtrise : vers 7-8 ans : étape de la tonsure, préparation à l'état ecclésiastique mais qui permet de jouir des bénéfices distribués par le roi; ensuite vient l'étape des ordres mineurs; puis les ordres majeurs ou sacrés qui sont au nombre de trois, le sous-diaconat, le diaconat et le sacerdoce ou prêtrise. La prêtrise ne peut se recevoir que vers l'âge de 23-25 ans, elle est irrévocable, pour recevoir le sacerdoce, il faut fournir le titre patrimonial. Le prêtre a diverses obligations : le célibat et la chasteté, l'exercice de la messe, les sacrements, la prédication, une tenue décente (cheveux courts et habits longs), la tenue des registres de catholicisme. Le clergé régulier est accessible aux hommes et aux femmes, ils prononcent les trois voeux de pauvreté, chasteté et obéissance à la règle, selon l'ordre, il peut exister un quatrième voeu, les carmélites par exemple, prononce un quatrième voeu de retraite absolue du monde et de s'adonner en permanence à la prière contemplative. Une distinction s'est faite progressivement entre les religieux contemplatifs et les ordres mendiants (prédication et mission). Les ordres mendiants se sont multipliés dans le cadre de la réforme catholique. On distingue :

- le bas clergé

Il est composé des curés (titulaire d'une cure, paroisse), des vicaires et enfin les prêtres habitués (ils n'ont pas de cure ni de vicariat), celui qui va de paroisse en paroisse. Si les curés jouissent de certains revenus, et que leur sort n'est pas médiocre quoique on ait pu en dire, il n'en va pas de même pour les vicaires et les prêtres habitués qui constituent un véritable prolétariat. Le bas clergé s'est profondément transformé sous l'Ancien Régime, on est passé du "mauvais curé" dont le comportement a expliqué la Réforme, au "bon prêtre" du 18e siècle, instruit, sachant prêché, dire la messe et relativement cultivé.

- le haut clergé,

dont un véritable fossé le sépare du bas clergé, il est constitués des prélats : évêques et archevêques, membres des chapitres, les abbés et abbesses des monastères. Ils sont peu nombreux, environ 150 évêques dont un roturier à la veille de la Révolution, et environ 15 000 personnes pour les chanoines, abbés,etc... . On est passé du "mauvais prélat" ou "bon prélat", la formation religieuse est devenue plus poussée. Le niveau du haut clergé au 17e et au 18e est supérieur à celui du 16e. Il n'est guère possible de donner un tableau uniforme du haut clergé, à la veille de 1789. Il y a encore des prélats et religieux qui ne respectent pas les "règles", on peut penser à Talleyrand, au cardinal de Rohan. A côté de ceux-ci, il existe des prélats qui sont un bel exemple de comportement comme monseigneur Belsunce, évêque de Marseille.

III) La Bourgeoisie

Ce n'est qu'à partir du XIIIe siècle que le mot «bourgeois» désigne une classe particulière, elle est formé des détenteurs de fortunes mobilières et des professions libérales. Elle est l'alliée fidèle de la monarchie pendant de nombreux siècles. De ses rangs sortiront des hommes comme Colbert, Le Tellier, et bien d'autres. Saint Simon en définissant le règne de Louis XIV comme « un long règne de vile bourgeoisie », soulign le fait que le XVIIe siècle est une période d'apogée pour la bourgeoisie française.

IV) Les Paysans

Ce sont ceux qui vivent de la terre, ils sont 22 à 23 millions à la fin du 18e siècle, il représente 85 % des ruraux

A) Univers du paysan français

Les paysans à la fin du 18e, dans leur quasi totalité, sont juridiquement libres, le serf n'existe plus sauf dans le centre et dans l'est de la France. Si les paysans sont libres, la plupart vivent dans le cadre juridique, contraignant, lourd de droits, de la seigneurie.

1°- La seigneurie

Cadre juridique fondamentale de la vie du paysan, la majorité du sol français est réparti dans les seigneuries, il existe cependant quelques terres, rares, qui sont des alleux (libre de tout droit). Adage : « Nulle terre sans seigneur ».

La seigneurie est un territoire (ne correspond pas toujours à une seule ville ou village) sur lequel s'exerce l'autorité du seigneur, celui ci est généralement un noble, une communauté religieuse, mais il peut être aussi un bourgeois qui a acheté une seigneurie, il perçoit les mêmes droits que si il était noble. Cette seigneurie n'est exploité qu'en partie par le seigneur lui même : domaine propre ou réserve. Le reste des terres de la seigneurie est constitué de terres paysannes, celles ci , le seigneur en est toujours le propriétaire "éminent", cette propriété éminente se manifeste par un certain nombre de redevances (le paysan qui est propriétaire d'une tenure peut la vendre, la transmettre) annuelles. Cette redevance que le paysan paye au seigneur est le cens (en argent) ou le champage (en nature), il le paye en reconnaissance de cette propriété "éminente". Le paysan doit payer d'autres droits : si le paysan vend ses terres, il devra payer au seigneur le droit de lods et ventes (droit de mutation), lors d'un héritage, le fils devra verser au seigneur, une redevance. Le paysan doit également au seigneur un certain nombre de jours de corvée seigneuriale (ex : le charroi). Au 18e, ces droits vont être de plus en plus mal ressentis. Le paysan a aussi l'obligation de payer les banalités : c'est à dire le droit d'utilise r le moulin, le four, le pressoir... . Il existe également des droits de péage. Le revenu du paysan est donc obéré par une multitude droits seigneuriaux. Le seigneur exerce dans le cadre de la seigneurie le droit de justice, il dispose également d'officiers seigneuriaux qui sont à son service. Ce cadre est contraignant aussi par les innombrables vexations, contraignant aussi du fait de la réaction seigneuriale au 18e siècles, car les seigneurs essayent de remettre à l'honneur des droits tombés en désuétude.

2°- La famille

Souvent patriarcale, quelque peu contraignante, étouffante (cf Restif de la Bretonne : « La vie de mon père ».

3°- La communauté villageoise

C'est souvent en même temps une paroisse, il existe à cette époque en France 30 000 communautés, ancêtres de nos communes rurales. Dans chaque communauté, une assemblée se réunit périodiquement après la messe du dimanche, elle règle la vie de la communauté, elle règle d'abord les pratiques et les contraintes collectives, elle gère les biens communaux, elle nomme le garde champêtre, le collecteur d'impôt. Cette communauté n'est pas une assemblée démocratique, peuvent y assister tous les hommes majeurs ainsi que les veuves, dan la réalité. Cette communauté est dominée par les notables, par les plus riches. Il y a un double filtre à la participation l'argent et "l'instruction" (les manouvriers sont pour la plupart analphabète). Les assemblées villageoises sont aussi placées sous la tutelle du seigneur et surtout celle de l'Etat royal qui se fait de plus en plus sentir sur les syndics de communauté. Dans la seconde moitié du 18e, se développe, l'individualisme agraire, c'est à dire, la tentation pour de nombreux notables ruraux d'entrer dans les nouveautés agraires, ces notables lorgnent sur les biens communaux et cherchent à sortir de la communauté, cela entraîne des tensions (voir le film « 1788 »).

4°- La paroisse

Elle est gérée par la fabrique : assemblée qui gère les biens de la paroisse.

Bien souvent on dit que les paysans français ont un univers géographique borné, dans les cahiers de doléances, il y a un très fort attachement des paysans aux privilèges locaux. On y trouve quand même le sentiment d'appartenir à une communauté française.

B) Étude sociologique des paysans français

1°- Propriétaire et exploitant

Le propriétaire, c'est celui qui possède des terres en pleine propriété. L'exploitant exploite des terres qu'il possède ou qu'il loue ou qu'il loue et qu'il possède.

2°- Le monde paysan est un monde hétérogène

Au sommet de la hiérarchie, on trouve les grands exploitants (+ de 20 ha de terre), appelés généralement les "laboureurs" (dans le nord : censier). le laboureur possède du matériel agricole (une ou plusieurs charrues), des attelages. C'est le "notable" rural, ils constituent la fermocratie, ils dominent les assemblées villageoises. Ils partagent les mêmes intérêts que les paysans de base mais ils ont aussi des intérêts propres (individualisme agraire). En dessous, on trouve les petits et moyens exploitants, la dimension de leur exploitation tourne autour de 5 à 10 ha, mais elles sont souvent morcelées. Dans l'ouest, on les appelles les métayers, mais il existe beaucoup d'autres appellations. Ils dépendant de la conjoncture économique. Au bas de la pyramide, on a ceux qui ne sont pas propriétaires, qui ne sont pas exploitant (baux très contraignants), ils doivent travailler de leurs mains : manouvrier ou brassier. Ils constituent un prolétariat rural énorme, environ les 3/5 de la paysannerie, ils sont salariés agricoles : domestiques (permanent), valet de ferme (occasionnel) voir même journaliers. Cette paysannerie sans terre aura une biactivité pour survivre et profitera surtout des communaux. Ils survivent grâce au droit de "vaine pâture" : quand la moisson a été faite sur les terres des paysans plus riches, ils ont le droit d'aller y glaner le restant, de faire paître sur les chaumes, tout ceci est combattu par les gros exploitants.

3°- La condition paysanne

Elle s'est améliorée pendant le 18e siècle (il n'y a plus de guerre, amélioration du réseau routier), dans les années d'avant 1789, de mauvaises récoltes modifient cette condition.

Elles est variable suivant les régions. Que les paysans soient riches, pauvres, etc ..., ils sont unanimes pour dénoncer la lourdeur des impôts : impôts royaux (taille, capitation, vingtième, ....), impôts ecclésiastiques (dîme), droits seigneuriaux.

Les paysans, à la fin de l'Ancien Régime, ont le sentiment d'être les principales victimes du fisc.

Lucien Bely. Dictionnaire de l'Ancien Régime. Paris. PUF. 1996.

Vincent Milliot. Pouvoirs et société dans la France d'Ancien Régime. Paris. Nathan. Coll 128. 1992.

Constant, J-M. La Société française aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Paris, Ophrys, Coll Synthèse Histoire, 1993.

 

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